Lézard des Mots

Mort et déclin du français

Insécurité linguistique, mort et déclin du français

Vous le savez bien, le français est une langue très compliquée, tant de réputation que d’expérience. Le prestige associé à son rayonnement intellectuel, artistique et scientifique, son passé de langue de diplomatie, la colonisation, font qu’aujourd’hui le français est une des langues les plus parlées au monde et les plus vigoureuses, contrairement à l’image que l’on peut en avoir (pour en savoir plus : http://www.sorosoro.org/le-francais/). Mais, eh bien pourquoi ? Pourquoi a-t-on ce décalage entre une vitalité expliquée par des éléments historiques et politiques et une représentation d’une langue en plein déclin, qui “se perd”, qui est dénaturée, que les “jeunes” ne connaissent plus ?C’est notamment à cause d’un phénomène que la linguistique nomme “l’insécurité linguistique” (voir notamment l’important article sur la typologie des locuteur.ice.s de Grinevald et Bert, 2010, dans Faits de Langues n°35-36, disponible sur la page de Michel Bert ici : http://www.ddl.cnrs.fr/…/08-Bert%20et%20Grinevald…).Ce phénomène, dû à plusieurs facteurs, a des conséquences remarquables : avez-vos déjà remarqué autour de vous des personnes qui disent “mais moi je parle très mal le français” ? (on parle bien sûr ici de personnes natives, qui ont suivi un cursus en langue française et/ou issues de personnes francophones). Les francophones ont tendance à se sentir insécures avec leur propre langue, ce qui est bien sûr paradoxal, puisque la langue appartient à la communauté qui la pratique.D’où vient cette insécurité linguistique en français ? De la notion de prestige, originellement : il y a tellement de prix nobels, de grand.e.s écrivain.e.s francophones, qu’évidemment la personne lambda se sent “écrasée” par cet héritage. Victor Hugo lui-même a ressenti ça, avec son “je serai Chateaubriand ou je ne serai rien”. Mais ce n’est pas le seul facteur : la pierre angulaire de ce phénomène est l’orthographe, et les systèmes élitistes qui lui sont associés. C’est du fait de l’existence de l’orthographe française opaque et élitiste que l’on peut dire “ah, de nos jours, plus personne ne sait parler français” (vous sentez à quel point c’est erroné, comme remarque ?). Non le français n’est pas moribond, de très, mais vraiment très très loin. Le dalabon, par exemple, une langue parlée en Australie, compte moins de dix locuteur.ice.s (http://www.sorosoro.org/le-dalabon/). Il n’y aucune obsolescence de la langue, qui continue simplement à vivre. Mais, et l’orthographe dans tout ça ? C’est quoi ? Comment s’est bâti ce système de valeurs ? La suite, très bientôt 🙂